1. Une parfaite orthographe n'est plus nécessaire pour travailler à l'Elysée. (Voilà qui devrait susciter une vague de candidatures spontanées !)
2. Une orthographe qui n'est plus maîtrisée que par un tout petit pourcentage de la population doit être réformée au plus vite.
Quand je dis réforme, je ne parle pas des changements dérisoires auxquels l'Académie française consent chaque année du bout des lèvres...
Huit cents heures de français auraient disparu des programmes scolaires ces quatre dernières décennies. Une personne de soixante-quinze ans titulaire du certificat d'études primaires a une meilleure orthographe qu'un trentenaire bac + 7. N'en déplaise aux puristes, aucun retour en arrière n'est possible. Je me rappelle une prof de français avec qui j'ai travaillé pour un atelier d'écriture dans un établissement privé, une femme charmante, très enjouée, qui faisait trois fautes dans un courriel de cinq lignes... Et une autre, qui m'a dit un jour d'un air scandalisé : "L'orthographe? Mais enfin, je ne m'occupe pas de ça !" Les profs ont d'autres chats à fouetter, on ne peut pas leur jeter la pierre. Ce n'est pas leur faute si la part du français dans l'enseignement a rétréci comme peau de chagrin réforme après réforme. Enfin le résultat est là : la langue telle qu'il nous arrive encore de l'écrire sera une langue morte d'ici la fin du siècle. Tant que les élites la possédaient, que seul les povre ekrivai com sa, on pouvait fermer les yeux, se voiler la face, répéter comme un mantra que tout va bien. Mais les élites non plus n'y arrivent plus : la preuve aujourd'hui même. Les élites ne savent plus se reproduire du point de vue de l'orthographe ; leurs enfants s'en sortent à peine mieux que ceux des banlieues défavorisées.
Le choix à faire est terrifiant. Soit on reste collectivement en situation d'échec vis-à-vis de l'orthographe pandan ke la novlang simpoz del mem, soit on la réforme drastiquement mais on se coupe de notre patrimoine littéraire. Ne vaudrait-il pas mieux, tout de même, réinventer une langue écrite, à la fois assez simple et assez proche du français


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