vendredi 5 mars 2010

Au bonheur des corbeaux


A peine paru, Loin de chez moi a été la cible d'une bande de blogueuses masquées. Je dis blogueuses parce les adjectifs qu'elles employaient pour décrire leur état - effarée, outrée - étaient au féminin; masquées parce qu'elles portaient des pseudonymes. Elles ont passé le livre au rouleau compresseur. D'après elles, il n'y aurait dans Loin de chez moi que des phrases sans verbes, "aucun sentiment", absolument "aucune histoire", la narratrice serait "froide et antipathique" et mon éditeur, qui leur en a aimablement adressé cinq exemplaires, se fait dire qu'il n'aurait pas dû publier le livre.

Une blogueuse n’était pas d’accord. A l’inverse des autres, elle était nuancée, elle connaissait même mes précédents recueils. Elle avait bien aimé Loin de chez moi. Elle s’est fait rembarrer par une phrase pleine d’insinuations : « Je trouve curieux », lisait-on dans les commentaires, « qu’une simple lectrice défende ce livre… » Après ça, elle n’a plus rien dit. Ces personnes fonctionnent en horde, anonymes sous la cagoule du pseudo, enhardies par leur nombre; elles cherchent à intimider quiconque ose dire qu’elles exagèrent.

Leur acharnement a tourné à l’hystérie quand j’ai posté un message. Je croyais dans ma naïveté qu’Internet servait à dialoguer avec des êtres humains. Je n’avais pas encore compris la sauvagerie de cette blogosphère anonyme où toutes les contradictions semblent admises : caricaturer l’œuvre en invoquant le respect de l’auteur, déconseiller la lecture d’un livre en prétendant ne parler qu’en son nom, parler en son nom sans jamais dire qui on est, n’admettre que des opinions proches de la sienne au nom de la liberté d’expression…

Au nom de la liberté d’expression, les blogueuses ont changé les paramètres de leur page pour contrôler toute nouvelle intervention ; elles ont censuré mon deuxième commentaire et laissé passer les messages qui abondaient dans leur sens. Il en résulte un long ramdam où des critiques amateurs se serrent les coudes et me désignent comme le vilain petit canard – une page où je n’apparais qu’une fois mais où je suis la seule à signer de son nom.

Des juges masqués n’ont pas à se préoccuper d’être équitables, ni même intelligents. Ces gens n’ont aucune légitimité pour conseiller les autres. Ils peuvent donner leur avis, et le mien vaut le leur. J’ai du mal à comprendre qu’on attaque un livre tiré à mille exemplaires ; ça ne me paraît ni utile, ni glorieux. Quand on s’y met à plusieurs avec autant de hargne, c’est que le livre ne laisse pas indifférent. Mais alors, il a déjà une qualité ! Et s’il en avait d’autres ? La première histoire de Loin de chez moi, Le Bungalow, est accessible dans son intégralité sur le site des Petits matins ://http://www.lespetitsmatins.fr/upload/extrait_59.pdf

1 commentaires:

Marlene a dit…

Je n'ai lu ni ces critiques ni ton bouquin, mais ces affreux bloggeurs (euses) masqué(e)s me font penser à des KKKagoulés sans kouilles ;-)
Et tout ça me donne encore bien plus envie de découvrir ton livre, du coup ! Bien aimé aussi ton article "Mademoidame"
(PS: suis arrivée ici via la revue l'Angoisse)
A bientôt
M.