
J’écrivais depuis des années dans mon coin. Je n’y arrivais jamais. Un jour, je me rends compte que seul le début de mon roman est intéressant, il faut en faire une nouvelle. Après bien des résistances, je jette un an de travail. Je remanie ce qu’il me reste en dix très courts chapitres. Je l’intitule La nef des ogres*. Je l’envoie à la NRF, qui avait une rubrique " découvertes " et recevait sept cents manuscrits par an. Huit jours plus tard, ma nouvelle est retenue. Je suis convoquée rue Sébastien-Bottin par Bertrand Visage. A l’entrée, je croise Philippe Sollers avec son fume-cigarette. Je lui dis pardon monsieur quand il s’efface pour me laisser passer. Je fonce vers l’accueil, ma voix chevrote. Bertrand Visage me reçoit : " Mais vous êtes toute jeune ! " J’avais déjà trente-cinq ans. Il a semblé déçu. Il était très aimable. La nouvelle est parue en février 1997, puis le carrosse Gallimard est redevenu citrouille.
* Dans A conserver au frais.
* Dans A conserver au frais.

0 commentaires:
Enregistrer un commentaire